Dans la production électrique, une dynamique mondiale s’est enclenchée depuis le point de bascule de 2017. Il y a dix ans déjà, la courbe de prix de production de l’électricité photovoltaïque, et celle de l’électricité éolienne ont croisé à la baisse toutes les autres sources les unes après les autres : hydraulique, nucléaire, gaz, fioul, charbon, biomasse, géothermie.
Et la tendance se prolonge : les économies d’échelle se cumulent ; la productivité s’améliore. L’écart de prix se creuse, et semble bien disqualifier durablement les technologies conventionnelles. Le renchérissement récent du pétrole n’en est qu’un révélateur supplémentaire.
Coût marginal nul et prix négatifs
Le changement majeur que nous vivons, c’est la généralisation de productions à coût marginal nul. Alors que chaque kWh d’origine fossile ou nucléaire nécessite de consommer physiquement une matière première, les sources électriques renouvelables n’ont besoin d’aucun carburant. Eolien, solaire, hydraulique produisent sans aucun surcoût. Dans ces conditions, le prix de vente devient totalement arbitraire. Selon la demande il peut atteindre des sommets tout comme devenir négatif quand l’offre ne trouve pas preneur.
L’intermittence, une peur qui s’éloigne et menace le business model des centrales à gaz
Les gaziers se réjouissaient encore récemment de l’intermittence de l’éolien et du solaire, allant même jusqu’à pousser pour leur adoption : chaque intermittence permet de vendre à prix d’or de l’électricité de centrale à gaz quand le soleil ne brille plus ou que le vent tombe. C’était sans compter sur l’essor des solutions de stockage électrique. L’avènement des batteries, dont les prix s’effondrent, vient compléter les solutions de stockage historiques, notamment gravitaire par turbinage.
Le déploiement des ces batteries est spectaculaire, combinant deux technologies principales : d’une part les BESS (battery energy storage systems) regroupés en parcs de taille industrielle ; d’autre part les centrales virtuelles, qui ne nécessitent aucun investissement matériel dédié : une capacité de stockage diffuse, basée sur un parc toujours plus grand de véhicules électriques au repos (V2G : vehicles to grid) et de batteries domestiques, que les capacités informatiques avancées rendent désormais pilotable efficacement.
Ces stockages d’électricité fonctionnent eux aussi à coût marginal très faible, absorbant les excédents des pics de production vendus à vil prix, et parfois même à prix négatif. Devenue stockable, la production à coût marginal nul vient concurrencer les centrales au gaz pour l’intermittence. Moins utilisées, ces dernières voient leur équation économique se péjorer, accélérant leur déclin par un redoutable effet ciseaux.
Un deuxième effet de seuil se profile : le coût du transport
Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Regardez votre facture d’électricité : le prix de fourniture de l’énergie n’est qu’une fraction du prix à payer, auxquelles s’ajoutent les redevances d’utilisation du réseau. Hors désormais, produire soi-même son électricité peut revenir moins cher que le seul coût de son transport. Même fournie gratuitement, une électricité transportée serait encore plus chère qu’une production autonome hors réseau.
Les solutions “Off grid”, historiquement onéreuses et réservées aux sites isolés (mines et carrières dans des zones reculées, communautés insulaires, antennes de télécommunication, chalets d’alpage) deviennent abordables et fleurissent désormais un peu partout. Il n’est pas exclu de les voir se généraliser, à l’instar des panneaux solaires qui boostent l’électrification des pays les plus pauvres.
L’une après l’autre, ces nouvelles équations économiques irrésistibles font sauter les verrous. Et encore, c’est sans compter les motivations environnementales… L’avenir est décidément prometteur !
