Risk management : de l’audace !

Dans un monde notoirement imprévisible et chaotique, les entreprises tentent de maîtriser un tant soit peu les risques. Cependant, si une bonne dose prudence est nécessaire et saine, la démarche cache en son sein un piège terrible : celui de nourrir la frilosité.

Aux achats, la question des risques est primordiale. En effet, à l’interface avec les fournisseurs où nous opérons, l’incertitude est amplifiée par une sorte d’effet de bord : les turbulences ne manquent pas. La méthode pour gérer ces aléas est bien connue (identification, évaluation puis mitigation), mais se heurte à trois écueils aussi terribles les uns que les autres.

Le premier est l’excès de prudence. Rester dans la zone de confort pour éviter de s’exposer inutilement offre un semblant de sécurité, rassurant et bien huilé. “Achetons local, dans un écosystème connu et maîtrisé” : la ritournelle n’est que trop familière. A se comporter comme des agneaux, on finit à l’abattoir…

Un espace propice aux comportements irrationnels…

Le deuxième est celui des biais cognitifs, omniprésents dans le management des risques. En particulier, les “calculs” d’évaluation des risques (probabilités et incidences) et des seuils acceptables sont pétris de multiples distorsions : tout est affaire de perception ! Aversion à la perte, effets de cadrage, erreurs d’attribution, fausses corrélations, biais de disponibilité et j’en passe : ils sont tous là, en embuscade. Et pour couronner le tout, suivre le processus à la lettre produit une parfaite illusion de contrôle, magnifique bandeau sur les yeux pour attendre le coup de grâce.

Le troisième est certainement le plus grave de tous ces périls : la castration de la prise de risque. Trop souvent, la démarche se focalise exclusivement sur le risque aryétique, à savoir les éventuelles conséquences négatives. Dans ce contexte, les opportunités perdues passent au second plan. Leur impact est minimisé, voire simplement ignoré.

…où l’on néglige facilement les coûts d’opportunité.

Plus encore, rester confiné pour tenter d’échapper aux coups du sort installe un climat anxiogène peu propice à entreprendre, c’est-à-dire à prendre des risques mesurés en toute confiance. Bien souvent au contraire, la mise en lumière de la menace crispe et paralyse. Parfois même, tel le sapin au milieu de la piste de ski, la fascination exercée par l’écueil précipite la catastrophe.

Nos entreprises ont besoin d’oser pour garder l’avantage sur leurs concurrents, dont beaucoup n’ont pas grand chose à perdre. Tout comme le maniement d’un raft à l’approche de rapides dans un torrent de montagne, le management des risques demande de l’audace et de la détermination. Plutôt que de chercher à les éviter (quitte à écourter l’aventure…), entraînons-nous à les dompter en nous y confrontant régulièrement, délibérément et chaque jour un peu plus !

 
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