Embaucher plus fort que soi

Externaliser demande à la fois courage et humilité : courage de perdre en partie le contrôle de ce que nous faisions nous-même, et humilité de reconnaître que mon expertise a ses limites.

Pour autant, lâcher prise ne signifie pas nécessairement lâcher le volant et renoncer à piloter.

Quand il s’agit de déléguer, il est rassurant de garder la maîtrise. Pour cela, je commence par faire faire par d’autres ce que je sais faire (mais que je n’ai plus envie de faire). Je conserve ainsi un ascendant naturel sur ces fournisseurs. La subordination va de soi.

Assez instinctivement, je me déleste de ce qui me coûte et où j’apporte le moins de valeur, ce qu’ont théorisé successivement Adam Smith puis David Ricardo il y a bien longtemps. La démarche est opportuniste : par une sorte de paresse intéressée, je me réserve la part du lion en sous-traitant les besognes les plus pénibles. Le tâcheron me fournira son labeur, comme avant lui l’animal m’avait fourni sa force physique. Notons au passage que la tentation est forte de transférer à cette occasion mes inefficiences au dernier arrivé, pour mieux le blâmer ensuite de sa piètre performance.

Oser embaucher plus fort que soi ?

Pour l’entreprise, se concentrer sur son coeur de métier en externalisant les tâches ancillaires n’est qu’une première facette de la démarche. De plus en plus, l’externalisation a vocation à compléter nos savoir-faire limités. Il s’agit alors de capter l’expertise, l’excellence et l’innovation dont nous manquons. Dans cette situation, le rapport aux ressources externes est d’une toute autre nature !

Privé de cet ascendant de l’expérience, du savoir-faire ou de la technologie, je ne commande plus que par le prix que je paie. Pas étonnant alors que beaucoup hésitent avant de s’engager à l’aveugle sur cette voie. Oserai-je me mettre à la merci d’une puissance qui me dépasse et susceptible de me lier dans la dépendance ? Une fois le génie sorti de sa lampe, à quoi tiendra sa loyauté ?

S’appuyer sur des ressources externes sur-performantes demande ainsi non seulement de l’humilité, mais aussi de l’aplomb et de l’audace. C’est d’ailleurs la marque des grands capitaines : ne pas hésiter à s’entourer de plus fort que soi sans redouter d’être dépassé. Fédérer l’excellence, quel moteur !

Leap of faith

L’avenir nous promet des ressources surpuissantes, à commencer par toutes ces formes d’intelligence artificielle auxquelles peu d’entre nous entendent quoi que ce soit. Laisserons-nous le génie dans sa lampe ?

 
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