Achats responsables : une responsabilité individuelle ou collective ?

«…Mais surtout n’oubliez pas de couper le wifi et de faire pipi sous la douche.» Pour répondre aux immenses enjeux environnementaux et sociétaux, il y a deux options : parier sur une demande responsable (individuelle), ou bien miser sur une offre responsable (collective). L’oeuf ou la poule… Peu importe : quel que soit l’arbitrage politique entre ces deux voies, sa traduction concrète se joue toujours dans les mains de l’acheteur.

En effet, que l’exigence vienne du consommateur, de l’opinion publique, d’un cadre réglementaire, ou encore d’une volonté propre de l’entreprise, la performance RSE d’une entreprise est peu de choses sans celle de ses fournisseurs. A titre d’exemple, Firmenich témoignait récemment que leurs « scopes 1 et 2 représentent à peine 4 % de leur impact climat global ». Les 96 % restants sont dans les mains de leurs fournisseurs !

Dans l’ambition d’un monde économique plus vertueux, les entreprises ont un rôle intermédiaire déterminant. N’étant ni consommateur ni pouvoir public, elles ont néanmoins un impact énorme à deux titres : d’une part par leur capacité à générer une offre responsable (agglomérer le pouvoir d’achat des individus et l’affecter à des achats responsables), d’autre part en suscitant la demande de consommation (marketing, capacité à influencer les comportements d’achats).

Au centre du jeu, un impact énorme à double titre

Or l’entreprise donne la primauté à son intérêt propre, à commencer par sa pérennité. Les efforts qu’elle choisit de faire doivent être durables, c’est-à-dire bénéfiques à court ou moyen terme. Ce faisant, elle joue inévitablement un double jeu. Le terme responsable est d’ailleurs ambivalent, employé non seulement dans le sens d’assumer les conséquences de ses actes, de prendre en charge sa part de l’effort collectif, mais aussi pour revendiquer un comportement raisonnable et d’agir rationnellement.

Quand l’investissement représente un coût individuel pour un bienfait collectif hypothétique et peu visible, la raison commande de s’abstenir. A contrario, toute opportunité de s’approprier un bénéfice à court terme en mutualisant des pertes à long terme mondialisées est bonne à prendre. Sur ces terrains de jeu où la comptabilité est souvent absconse et plus ou moins virtuelle (compensation, évitement), chacun cherche à s’attribuer les mérites en brouillant au mieux les zones d’ombre du tableau.

Des convictions personnelles

Et au coeur de cette zone grise se trouve l’acheteur, à la fois attendu sur la performance économique, et porteur d’une méta-exigence environnementale et sociétale. Il est le dernier maillon, pétri d’humanité, pour résoudre ce dilemme. Reste l’espoir que ses convictions et sa sincérité pourront faire pencher la balance d’un côté ou de l’autre. Et faire toute la différence !

 
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