Téléphonie : on ne s’entend plus…

Cet article paru aujourd’hui dans les Echos ne manque pas de piquant : les syndicats des opérateurs de téléphonie craignent que la guerre des prix autour de la nouvelle offre de Free se traduisent par des suppressions d’emploi. « Les patrons de ces entreprises vont inévitablement tenter de la faire payer aux salariés. »

Que choisir : la baisse des prix ou l’emploi ? Peut-on vraiment souhaiter un maintien de prix élevés pour conserver l’emploi ? En Suisse, j’ai déjà entendu ce discours dans la bouche… d’un patron : « Réjouissons-nous de payer plus cher que les autres, c’est grâce à cela que nos salaires sont élevés. » Effarant !

Le changement fait toujours un peu peur. Pour les syndicats, chaque remise en question est une incertitude. Les acquis sont en danger. On comprend alors qu’une bonne organisation du secteur n’est pas pour leur déplaire. Les Américains n’avaient-ils pas identifié ce penchant « anti-concurrence » des syndicats quand ils les ont interdits en 1890 par le Sherman anti-trust Act ?

Quoi qu’il en soit, le consommateur que je suis s’insurge : laissons jouer la concurrence au bénéfice de tous ! Et si un nouvel entrant vient perturber un marché ronronnant (qui a dit « d’entente » ?), tant mieux.

Mais c’est surtout  la réaction de la CFE-CGC/UNSA qui a retenu mon attention : « Pour aligner leurs prix en préservant leurs capacités d’investissement, les trois autres opérateurs seront obligés de délocaliser aussi ». Faut-il en déduire que ces entreprises ne délocalisent que lorsqu’elles y sont « obligées » ? Qui serait assez irresponsable pour mettre en péril sa compétitivité – et par là tout l’avenir de son activité – en n’utilisant pas les ressources les plus avantageuses du marché ? Croire que le niveaux de ses prix de vente permettrait à une entreprise de différer ces décisions vitales est illusoire, voire dangereux. Et quand bien même ce serait le cas, si la pression du marché l’amène à sortir de sa zone de confort et à réagir avant qu’il ne soit trop tard, mieux vaut s’en réjouir.

Alors, les prix ou l’emploi ? Les prix, assurément ! Pour la pérennité de nos entreprises. Et de l’emploi.

 
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5 réponses à Téléphonie : on ne s’entend plus…

  1. Visiteur dit :

    Bien sur le prix en premier!
    La téléphonie n’est pas essentiellement destinée aux personnes ayant de gros revenus. Si une personne avec peu de ressources peut diminuer ses factures, cela lui permettra d’avoir de la liquidité disponible pour d’autres priorités: nourriture, logement, loisirs…etc.
    Les coûts des abonnements téléphoniques pour les familles sont loin d’être négligeables. Les autres opérateurs se remettront en question et pourront peut être progresser!
    Leo Laguerre

     
  2. Visiteur dit :

    En tant que consommateurs, on peut de prime abord se réjouir de voir des prix qui diminuent. Mais n’est ce pas une vue de court terme ?
    Songez à ce qui se passe depuis une 10aine d’années dans le secteur industriel : 500 000 emplois industriels perdus depuis 2002 en France.
    Aujourd’hui, le manque d’investissements en R&D et en innovation, la concurrence sur les produits où le coût du travail joue un rôle important expliquent les pertes de parts de marché de la France face aux pays émergents.
    Ce schéma n’est-il pas en train de se transposer au secteur des services ?
    « Prix pour pérenniser les entreprises», certes, mais les emplois …
    Emmanuelle Dubart

     
    • Emmanuelle,
      Croyez-vous vraiment que la France pourrait conserver ses parts de marché en maintenant artificiellement des niveaux de prix élevés et « sauver » ses emplois industriels ? Ça ne serait qu’un bon moyen d’aggraver la situation en se berçant d’illusions. Voyez comme les USA ont fragilisé leur industrie automobile en pensant la protéger…

      Si la France a perdu des emplois industriels, c’est que ceux-ci ne sont plus compétitifs. La vraie réponse à cette perte de compétitivité industrielle, c’est l’innovation et l’excellence, sous la pression de la concurrence. Mais certainement pas le maintien des prix

       
  3. Pour un avis un poil plus virulent sur la prise de position des syndicats, voir l’édito du jour de Contrepoints.

     
  4. G.LIETAR dit :

    Génial que Free viennent changer un peu la donne du secteur de la téléphonie en France. Les prix français pour la téléphonie sont parmi les plus hauts de la planète. Il n’y a pas de raison que nos fournisseurs nationaux rackettent les consommateurs… En ça, le libéralisme est bien fait: les brèches de compétitivité sont faites pour être exploiter. Empêcher cela: c’est préférer l’immobilisme et la sécurité du court-terme, mais surtout foncer vers l’enlisement et les faillites à long-terme.
    Le Low-Cost et les délocalisations, ce sont des chances d’être plus compétitif, de découvrir de nouveaux marchés, de devenir internationaux… J’essaie d’être positif car, plus qu’une chance, c’est une obligation. Obligation d’y avoir recours? non. Mais obligation d’en tenir compte: d’en profiter ou de choisir le contre-pied en connaissance de cause.

    J’espère que la compétitivité saura à l’avenir se détacher encore plus du prix, en élargissant l’évaluation à la qualité, au respect de règles sociales/environnementales… L’idéal serait d’acheter et de retirer plus de satisfaction d’un bien responsable plutôt que deux biens équivalents mais irresponsables. question d’éducation? de valeur?

     

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