Dans la brume

Acheter des matières premières est un métier en pleine mutation. Comme pour les astronomes, les outils à notre disposition sont de plus en plus puissants pour voir en détail l’univers dans lequel nous évoluons. Cette résolution croissante offre un océan d’opportunités, mais laisse de moins en moins de place à l’inacceptable.

Essayez de sortir de chez vous sans être photographié ou filmé par une caméra de surveillance, identifié, pisté, géolocalisé : combien de minutes tiendrez-vous ? Rien que nos smartphones enregistrent et diffusent pas moins de 1.000 milliards de photos par an ! Pas plus que chacun de nous, nos approvisionnements ne peuvent désormais espérer se tapir dans l’anonymat.

A la génération précédente, nous avons fermé nos mines les unes après les autres, et trouvé nos denrées toujours plus loin, là où la main d’œuvre est docile et pas chère, mais surtout loin des regards. De ce fait, l’acheteur expert, négociant capable de discerner le bon grain de l’ivraie, a progressivement cédé la place à un analyste financier, arbitrant des lots standardisés derrière un écran.

Cette titrisation des échanges a institutionnalisé une gigantesque boîte noire, diluant les marchandises douteuses, et brouillant les pistes pour qui voudrait remonter à la source. Pourquoi alors chercher à être plus vertueux que nos concurrents, quand on pioche tous dans le même tas ? Le nivellement par le bas est logiquement devenu la norme.

L’approvisionnement est désormais tellement virtuel que la prise de conscience de la réalité peut s’avérer brutale : il a suffi d’un voyage en Indonésie pour que cette chaîne de supermarchés britannique bannisse l’huile de palme de son assortiment.

Lentement mais surement, l’écran de fumée est en train de se dissiper. Surveillance satellite de la déforestation, traçabilité des contrats (blockchain), identification individuelle des producteurs : l’information devient vérifiable, autant par les acheteurs que par les lanceurs d’alerte.

Plus d’excuses !

 
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